« Qu’ai-je donc fait » de Jean d'Ormesson lu par Léa Drucker à La Grande Librairie

2016-10-09

 

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« Qu’ai-je donc fait » de Jean d'Ormesson lu par Léa Drucker à La Grande Librairie

Extrait de « Qu’ai-je donc fait », numéro d’emplacement Kindle 927

 

Quelques notes : Quelle est la réponse à la question « qu’ai-je donc fait » ? Quelqu’un pourrait dire qu’il faudrait demander « est-ce que j’ai essayé ? » ou « est-ce que j’ai travaillé avec passion et acharnement » ? Mais est-ce que cela suffirait ? Faudrait-il demander « est-ce que j’ai utilisé toutes mes forces d’imagination et créativité ? ». Mais comment accéder à celles-ci ? Jean Ormesson nous invite à l’errance de l’esprit (mindwandering), « à faire rien du tout, ou en tout cas le moins possible », à une sorte d’ennui, « s’abandonner aux songes » pour libérer notre énorme potentiel intellectuel et créatif. Ceci « avant, bien sûr de se jeter dans le travail à corps perdu ».

Et aussi « Très loin de l’abrutissement qui naît des grandes postes et des hautes fonctions, l’ennui est cet état béni où l’esprit désoccupé aspire à faire sortir du néant quelque chose d’informe et déjà d’idéal qui n’existe pas encore ». Il ajoute qu’il s’agit du « tâtonnement du génie ».

Pour preuve un petit récit du monde scientifique : « Newton était couché dans l’herbe et bayait aux corneilles quand il a vu tomber de l’arbre sous lequel il s’ennuyait la pomme de la gravitation universelle. Les petits esprits s’énervent au milieu de foules de choses, la plupart du temps inutiles. Les grands esprits ne font rien et s’ennuient comme Descartes « enfermé seul dans un poêle en Allemagne » avant de découvrir des cieux. »

« (…) Louis de Broglie sort lui aussi d’une banalité quotidienne où il ne faisait presque rien pour entrer d’un seul coup dans un rêve étoilé. Il ne passait pas pour le plus doué des siens qui avaient tous brillé dans la guerre, dans la politique, dans les lettres. Lui, c’était plus modeste: il s’occupait d’histoire, de généalogie, d’une collection de timbres-poste, il brillait au bridge et aux échecs lorsque, un beau jour, à Bruxelles, à l’occasion d’un congrès savant où l’avait entraîné son frère Maurice, il découvre par hasard la grandeur farouche d’une physique mathématique qui le mènera jusqu’à la mécanique ondulatoire. « Monsieur, lui dira plus tard Léon Blum en lui remettant l’ordre le plus élevé dans la Légion d’honneur, vous appartenez à une famille où le talent était héréditaire avant que le génie y entrât. » »

Avoir recours à une sorte d’ennui protectrice, régénératrice et « mère des chefs-d’œuvres » . Et si l’on éprouve l’ennui en tant qu’impasse ? Ne pas s’inquiéter, nous dit Jean d’Ormesson, que des bonnes choses peuvent s’en sortir. « C’est quand vous êtes perdu que vous commencez à être sauvé ».